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Les opérations de maintien de la paix des Nations Unies

Le point sur le conflit : des progrès malgré l’incertitude en République centrafricaine

Dans un contexte d'insécurité mondiale croissante et d'instabilité régionale, la République centrafricaine se démarque en rappelant que la paix est possible.

Autrefois en proie à une violence généralisée, le pays a connu, au cours de la dernière décennie, des avancées constantes et concrètes vers la stabilité. Avec l’appui de partenaires internationaux et de la mission de maintien de la paix, la MINUSCA, la République centrafricaine est devenue relativement stable dans une région instable, preuve que l'engagement international et les efforts nationaux peuvent porter leurs fruits.

La MINUSCA est au cœur de ces progrès. Déployée alors que les signes d'un génocide suscitaient de vives inquiétudes, la Mission a protégé les civils contre les violences et aidé le pays à conclure l'Accord de paix de 2019, sauvant ainsi d'innombrables vies et jetant les bases d'une paix durable.

Ces derniers mois, un regain d’élan politique a permis d’enregistrer de nouvelles avancées en matière de sécurité. En avril dernier, deux des groupes armés les plus actifs du pays, l'Unité pour la paix en Centrafrique (UPC) et Retour, réclamation et réhabilitation (3R), ont réaffirmé leur engagement envers l'Accord de paix. Leur retour, ainsi que la dissolution de deux autres groupes armés en octobre, porte à 11 sur 14 le nombre total de groupes armés signataires de l'Accord de paix qui ont été démantelés.

Les efforts de désarmement et de démobilisation se sont également intensifiés et continuent de renforcer la sécurité. Grâce au soutien logistique, technique et sécuritaire de la MINUSCA, plus de 800 combattants ont été désarmés et démobilisés depuis juillet 2025 seulement, une mesure concrète qui a réduit les menaces pesant sur les civils dans des régions clés du pays.

Alors que la sécurité commence progressivement à s'installer dans le pays, la MINUSCA collabore avec les autorités nationales pour jeter les bases d'une gouvernance stable, faciliter le déploiement des fonctionnaires, reconstruire les infrastructures administratives et judiciaires et contribuer au renforcement des Forces de sécurité intérieure sur l'ensemble du territoire. Ces efforts visent à améliorer l’accès à la sécurité, à la justice et aux services essentiels. En date du 1er novembre, 208 autorités administratives locales sur 210 avaient été nommées et étaient en poste, y compris les sept gouverneurs, les treize préfets, 83 des 85 sous-préfets et l'ensemble des secrétaires préfectoraux.

 

Des membres de la communauté sont assis dehors et discutent avec un Casque bleu des Nations Unies.

 

L'Ambassadeur Nzessioué, Représentant permanent de la République centrafricaine auprès des Nations Unies, a salué les progrès accomplis avec l'appui de la MINUSCA lors d'une réunion du Conseil de sécurité mardi dernier, au cours de laquelle le mandat de la MINUSCA était discuté. Il a appelé le Conseil à « renouveler sans équivoque le mandat de la MINUSCA ». Selon lui, la Mission a su « restaurer l'espoir, rétablir la présence de l'État et protéger des millions de civils.... Réduire aujourd’hui les capacités de la MINUSCA, ou son mandat, reviendrait à affaiblir les fondations mêmes de la stabilité que nous avons patiemment bâtie. ».

Des inquiétudes ont été exprimées quant à une éventuelle réduction du mandat de la MINUSCA car, malgré les progrès significatifs réalisés, la situation demeure fragile. Le conflit au Soudan voisin met à l'épreuve la stabilité du pays. Des incursions transfrontalières et les violences armées ont provoqué le déplacement de civils dans le nord-est du pays, en particulier à Am Dafock, où les Casques bleus déployés dans des bases temporaires de l'ONU ont permis de faciliter l'acheminement de l'aide et le retour des civils dans leurs villages ou au sein de communautés hôtes.

D'autres défis, notamment les tensions politiques, les besoins humanitaires et la présence persistante de groupes armés dans certaines régions du pays, soulignent la nécessité d'un investissement et d'un engagement continus de la part de la part de la communauté internationale afin de consolider la paix et de contribuer à une plus grande stabilité régionale.

 

 

La présence continue de la MINUSCA est essentielle pour relever ces défis persistants et consolider les récents progrès. Cela implique de protéger les civils, de continuer à soutenir la mise en œuvre de l'Accord de paix, notamment par le désarmement et la démobilisation des combattants, de renforcer les capacités des institutions nationales de défense et de sécurité afin de leur permettre d'assumer pleinement la responsabilité de la sécurité dans le pays, et d'assurer la stabilité nécessaire à la relance de l’activité économique, condition préalable à une paix durable. Il s'agit également d'appuyer les autorités nationales dans la préparation des prochaines élections présidentielles, législatives, régionales et municipales, les premières élections locales depuis 1988.

Cependant, les contraintes budgétaires contraintes budgétaires ont entraîné des réductions de personnel et des coupes dans les opérations, ce qui, selon Valentine Rugwabiza, Représentante spéciale du Secrétaire général et Cheffe de la MINUSCA, risque d'affecter la mise en œuvre du mandat de la mission à ce moment critique. « [La MINUSCA] reste essentielle à la consolidation des acquis en matière de sécurité et de paix en République centrafricaine, rendus possibles grâce au soutien déterminant, actif et uni de ce Conseil », a-t-elle souligné, appelant au renouvellement du mandat de la MINUSCA pour une année supplémentaire, avec le même effectif autorisé.

Pour les efforts de paix de la communauté internationale, la MINUSCA reste un investissement pertinent et mérite d'être soutenue dans ses efforts pour mener à bien sa mission. Le coût de l'alternative ne saurait être surestimé.

 

Contexte

La République centrafricaine (RCA) est confrontée depuis plusieurs décennies à l’instabilité et aux conflits. Les violences ont repris à la fin de l’année 2012, lorsque la coalition rebelle, majoritairement musulmane, Séléka a lancé des attaques contre le régime du Président François Bozizé, arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’État en 2003. Les rebelles ont pris la capitale, Bangui, au début de l’année 2013, contraignant le Président à fuir. À la fin de 2013, le conflit a pris une dimension religieuse plus marquée, les milices chrétiennes dites « anti-Balaka » s’étant mobilisées en représailles contre la Séléka, provoquant de nouveaux affrontements intercommunautaires.

Ces violences ont dévasté les institutions de l’État et laissé des millions de personnes dans le besoin. En 2014, 2,5 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population, nécessitaient une aide humanitaire. Plus de 650 000 personnes étaient déplacées à l'intérieur du pays et plus de 290 000 avaient fui vers les pays voisins, menaçant de déstabiliser l'ensemble de la région. En 2019, l'Accord politique pour la paix et la réconciliation a été signé entre le Gouvernement et 14 groupes armés non étatiques opérant en RCA, suivi, en 2021, de l'adoption de la Feuille de route conjointe pour la paix.

Ces initiatives ont contribué à réduire la violence dans certaines régions. Cependant, la situation sécuritaire demeure préoccupante dans les zones frontalières du sud-est et du nord-est. Sur l’axe Birao-Am Dafock, dans la préfecture de la Vakaga, à la frontière avec le Soudan, les répercussions du conflit soudanais se sont récemment intensifiées, notamment à travers la multiplication des incursions transfrontalières d’éléments armés soudanais. Dans la préfecture du Haut-Mbomou, au sud-est du pays, à la frontière avec le Soudan du Sud et la République démocratique du Congo, la situation reste fragile en raison de l’insécurité persistante et des tensions intercommunautaires liées aux activités du groupe Azande Ani Kpi Gbe, qui cible les Forces nationales de défense et de sécurité, les civils et même la MINUSCA.

Créée en 2014, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) œuvre à la protection des civils et à la mise en œuvre de l’Accord de paix de 2019, notamment en appuyant le Gouvernement dans le désarmement des anciens combattants ainsi que dans le rétablissement de l’état de droit et des services de base. Dans les mois à venir, la MINUSCA aura pour tâche particulièrement cruciale d’aider la RCA à se préparer à des élections libres, équitables et pacifiques. La Mission joue également un rôle essentiel en facilitant l’acheminement de l’aide humanitaire aux communautés les plus difficiles d’accès.